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CBD et grossesse : ce que disent réellement les études scientifiques en 2026

CBD et grossesse : pourquoi la question est-elle si sensible ?

Le cannabidiol (CBD) est souvent présenté comme une molécule « naturelle », sans effet psychotrope et potentiellement utile pour le stress, la douleur ou les troubles du sommeil. Mais lorsqu’il s’agit de grossesse ou d’allaitement, les enjeux changent radicalement. L’organisme maternel, le placenta et le cerveau fœtal sont en pleine adaptation, et le système endocannabinoïde joue un rôle clé dans ces processus.

En 2026, la position des autorités sanitaires reste claire : en l’absence de données robustes chez la femme enceinte, le CBD n’est pas recommandé pendant la grossesse ni pendant l’allaitement. Ce principe de précaution s’appuie sur des éléments scientifiques, mais aussi sur un manque significatif de preuves de sécurité.

Rappel réglementaire : quelle est la situation du CBD en France et en Europe ?

Avant d’aborder les études, il est utile de clarifier le statut du CBD. En France, le cadre juridique résulte principalement des textes suivants :

  • Code de la santé publique : les stupéfiants (incluant le THC) sont strictement encadrés (articles L3421-1 et suivants, R5132-86 et suivants). Le CBD en lui-même n’est pas inscrit comme stupéfiant, mais le cannabis et le THC le sont.

  • Arrêté du 30 décembre 2021 (modifié), relatif à la réglementation du chanvre : il autorise la culture, l’importation, l’exportation et l’utilisation industrielle et commerciale de certaines variétés de chanvre, sous réserve que :

    • la teneur en THC de la plante soit ≤ 0,3 % (conformément au règlement (UE) n° 1307/2013 et aux catalogues de variétés autorisées),

    • les produits finis destinés au consommateur ne contiennent pas de THC en quantité détectable ou dépassant les seuils fixés par la réglementation.

  • Arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) du 19 novembre 2020 (affaire C‑663/18, dite « Kanavape ») : la CJUE a jugé qu’un État membre ne peut interdire la commercialisation de cannabidiol légalement produit dans un autre État membre à partir de la plante entière de chanvre, dès lors que le produit n’a pas d’effet psychotrope et ne présente pas de risque avéré pour la santé publique.

  • Règlement (UE) 2015/2283 relatif aux nouveaux aliments (« Novel Food ») : les extraits de CBD purifiés sont considérés comme « nouveaux aliments », nécessitant une autorisation préalable de la Commission européenne, après évaluation de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).

À ce jour, ni en France ni au niveau de l’Union européenne, il n’existe d’autorisation spécifique du CBD comme médicament destiné à la femme enceinte. Certains médicaments à base de cannabinoïdes (comme l’épidiolex, à base de CBD pur) sont autorisés pour des indications neurologiques sévères, mais leur résumé des caractéristiques du produit (RCP) mentionne généralement une contre-indication ou, au minimum, une forte déconseillation pendant la grossesse et l’allaitement, faute de données suffisantes.

Ce que l’on sait du CBD en général : données de sécurité hors grossesse

Le rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de 2018 sur le cannabidiol indique que le CBD présente un « profil de sécurité généralement favorable » chez l’adulte, dans les études disponibles. Les effets secondaires observés (somnolence, troubles digestifs, interactions médicamenteuses) restent le plus souvent modérés.

Cependant, ce même rapport souligne explicitement :

  • un manque de données à long terme sur les expositions chroniques,

  • une quasi-absence d’études spécifiques chez la femme enceinte et pendant l’allaitement,

  • la nécessité de pousser les recherches avant toute extrapolation à des populations vulnérables (enfants, femmes enceintes, patients fragiles).

En parallèle, l’EFSA a suspendu en 2022 l’évaluation de plusieurs dossiers « Novel Food » pour le CBD alimentaire, en soulignant qu’il subsiste de nombreuses incertitudes sur sa sécurité, notamment concernant le foie, le système endocrinien, le système nerveux et la fonction reproductive. Ces réserves concernent aussi, de manière indirecte, la grossesse.

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CBD et grossesse : ce que disent les études animales

Les premières données proviennent surtout de modèles animaux (souris, rats). Ces études ne sont pas directement transposables à l’humain, mais elles donnent des indices sur les risques potentiels.

Les principaux enseignements des travaux précliniques sont :

  • Passage placentaire : comme le THC, le CBD semble traverser le placenta chez l’animal. Il est donc plausible que le fœtus soit exposé en cas de consommation maternelle, même si les concentrations exactes restent mal connues.

  • Impact sur le développement neurologique : certaines études suggèrent que la modulation du système endocannabinoïde pendant la gestation peut modifier le développement du cerveau fœtal (synaptogenèse, plasticité neuronale, système dopaminergique). Ces travaux montrent parfois des altérations du comportement chez la descendance (anxiété, mémoire, sensibilité au stress), sans que l’on puisse encore attribuer un profil de risque précis au CBD seul.

  • Effets sur la fertilité et la fonction reproductrice : le CBD, en interagissant avec différents récepteurs (CB1, CB2, TRPV1, 5‑HT1A, etc.), pourrait influencer des hormones clés de la reproduction. Certains modèles chez le rat montrent des modifications du cycle œstral ou de la qualité des gamètes à fortes doses.

Ces données ne « prouvent » pas une toxicité majeure du CBD pendant la grossesse, mais suffisent pour justifier la prudence : altérer un système biologique aussi central que le système endocannabinoïde au moment où l’embryon et le fœtus se développent peut théoriquement avoir des conséquences à long terme.

CBD, cannabis et THC : ne pas tout confondre

Les études humaines sur la grossesse concernent très majoritairement le cannabis contenant du THC, et non le CBD isolé. Les grandes cohortes internationales (États-Unis, Canada, Europe) ont montré, pour la consommation de cannabis fumé pendant la grossesse :

  • un risque accru de petit poids de naissance,

  • une augmentation du risque de naissance prématurée, surtout en cas de consommation régulière,

  • des troubles du neurodéveloppement possibles chez l’enfant (troubles de l’attention, comportement, performance scolaire), même si les résultats sont parfois contradictoires et influencés par des facteurs de confusion (tabac, alcool, contexte socio-économique).

Ces données ont conduit les autorités françaises (HAS, ANSM, Santé publique France) à recommander une abstinence totale de cannabis pendant la grossesse.

Dans la plupart de ces études, la part respective du THC et du CBD n’est pas toujours clairement analysée, car les variétés consommées contiennent un mélange de cannabinoïdes et de nombreux autres composés (fumée, monoxyde de carbone, goudrons, etc.). Il est donc impossible de considérer ces résultats comme une preuve directe de dangerosité du CBD seul.

Néanmoins, le fait que la consommation de cannabis pendant la grossesse soit associée à des effets indésirables cliniquement significatifs a renforcé, par extension, la prudence vis-à-vis de tous les cannabinoïdes, y compris le CBD, tant que leur sécurité n’est pas démontrée.

Que disent les études cliniques spécifiques au CBD chez la femme enceinte ?

À ce jour, il n’existe pratiquement pas d’essais cliniques contrôlés évaluant le CBD isolé chez la femme enceinte. Les données disponibles sont :

  • Des données issues de médicaments à base de CBD (comme l’épidiolex) chez des patientes en âge de procréer, mais rares sont les grossesses exposées documentées. Les RCP de ces médicaments indiquent généralement :

    • une absence de données suffisantes pour établir la sécurité chez la femme enceinte,

    • la recommandation de ne pas utiliser pendant la grossesse, sauf si le bénéfice attendu pour la mère l’emporte clairement sur le risque potentiel pour le fœtus.

  • Quelques cas isolés rapportés dans la littérature (grossesses fortuites chez des patientes épileptiques traitées par CBD), qui ne permettent pas de conclure à un profil de sécurité fiable, faute de nombre suffisant et de suivi à long terme.

  • Aucune grande cohorte prospective dédiée à la consommation d’huiles de CBD issues de produits de bien-être, notamment celles vendues en ligne ou en boutique spécialisée, avec des dosages variés et une qualité parfois hétérogène.

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Les organismes de régulation, comme la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis, ont publié dès 2019–2020 des mises en garde spécifiques : la FDA déconseille formellement l’utilisation de produits à base de CBD pendant la grossesse et l’allaitement, en soulignant le manque de données et les risques potentiels pour le développement fœtal et le nourrisson.

Allaitement et CBD : un champ tout aussi incertain

La situation est similaire pour l’allaitement. Les études sur le cannabis fumé montrent que le THC passe dans le lait maternel et peut être détecté chez le nourrisson. Pour le CBD :

  • on sait que le CBD est lipophile (soluble dans les graisses) et qu’il pourrait s’accumuler dans le lait maternel, comme d’autres cannabinoïdes,

  • quelques analyses de lait de mères consommatrices de cannabis ont retrouvé du CBD, mais sans données robustes sur les concentrations exactes et l’impact clinique chez le nourrisson,

  • il n’existe pas d’étude clinique de grande ampleur évaluant systématiquement l’exposition des nourrissons au CBD via le lait maternel.

En pratique, la plupart des autorités sanitaires (HAS, ANSM, agences étrangères) appliquent le même principe qu’en grossesse : éviter l’usage de CBD pendant l’allaitement en l’absence de preuves solides de sécurité.

Risques potentiels pour la mère : interactions, qualité des produits et auto‑médication

Au-delà du fœtus et du nourrisson, certaines préoccupations concernent aussi la santé de la mère pendant la grossesse :

  • Interactions médicamenteuses : le CBD est métabolisé par les enzymes du cytochrome P450 (CYP3A4, CYP2C19, notamment). Il peut donc interagir avec :

    • certains antidépresseurs, anxiolytiques, antiépileptiques,

    • des traitements de l’hypertension ou des troubles du rythme cardiaque,

    • d’autres médicaments courants pendant la grossesse.

    Ces interactions peuvent modifier les concentrations sanguines des médicaments et altérer à la fois leur efficacité et leur tolérance.

  • Qualité et composition des produits : de nombreuses analyses indépendantes ont montré que certains produits de CBD en vente libre contiennent :

    • plus ou moins de CBD que ce qui est indiqué sur l’étiquette,

    • des traces de THC dépassant parfois les seuils autorisés,

    • des résidus de solvants, de pesticides ou de métaux lourds si la filière n’est pas rigoureusement contrôlée.

    Pour une femme enceinte, cette imprécision représente un risque supplémentaire difficilement évaluable.

  • Auto‑médication pour l’anxiété, la douleur ou le sommeil : de nombreuses femmes enceintes envisagent le CBD pour des symptômes fréquents (nausées, insomnie, stress). Or, ces troubles doivent être évalués par un professionnel de santé, car ils peuvent révéler des pathologies sous-jacentes nécessitant une prise en charge adaptée (pré-éclampsie, dépression périnatale, etc.). Le CBD peut alors masquer des signes d’alerte.

Que recommandent les autorités et les sociétés savantes en 2026 ?

En 2026, le consensus reste largement homogène parmi les organismes de santé publique en Europe et en Amérique du Nord :

  • Abstention recommandée de CBD pendant la grossesse et l’allaitement, sauf cas très particuliers strictement encadrés dans un cadre médical spécialisé.

  • Information systématique des patientes sur le manque de données, les risques potentiels et les incertitudes scientifiques actuelles.

  • Encouragement à la déclaration et au suivi des grossesses exposées à des médicaments à base de CBD (pharmacovigilance), afin de construire progressivement une base de données plus solide.

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En France, même si des référentiels spécifiques au CBD pendant la grossesse restent rares, les recommandations générales sur les substances psychoactives et les produits non évalués pendant la gestation s’appliquent pleinement : principe de précaution, abstinence recommandée, information claire des patientes.

CBD et grossesse : comment se repérer concrètement ?

Pour les femmes enceintes, en projet de grossesse ou allaitantes, quelques repères pratiques émergent des connaissances disponibles :

  • Ne pas considérer le CBD comme inoffensif sous prétexte qu’il est « naturel » ou en vente libre. L’absence d’effet psychotrope ne signifie pas absence de risque pour un fœtus ou un nourrisson.

  • Éviter l’auto‑médication pour gérer le stress, la douleur, l’insomnie ou les nausées pendant la grossesse. D’autres approches (non médicamenteuses ou médicamenteuses éprouvées) existent et doivent être discutées avec un professionnel de santé.

  • Informer son médecin, sa sage‑femme ou son pharmacien en cas d’utilisation de CBD avant ou pendant la grossesse, afin d’évaluer :

    • les doses utilisées,

    • la durée d’exposition,

    • les médicaments associés,

    • la nécessité d’un suivi spécifique.

  • Pour les professionnels de santé : interroger systématiquement sur la consommation de produits à base de chanvre (huiles, tisanes, e‑liquides) lors du suivi de grossesse, car beaucoup de patientes ne les mentionnent pas spontanément, les percevant comme de simples compléments de bien‑être.

Points essentiels à retenir pour 2026

En 2026, la littérature scientifique sur le CBD et la grossesse reste limitée et fragmentaire. Quelques éléments majeurs ressortent néanmoins :

  • Les données animales indiquent que le CBD traverse probablement le placenta, peut atteindre le fœtus et interagit avec des systèmes biologiques impliqués dans le développement neurologique et la reproduction.

  • Les grandes études humaines portent surtout sur le cannabis riche en THC, dont les risques pendant la grossesse sont désormais largement documentés (poids de naissance, prématurité, neurodéveloppement), sans permettre de dissocier clairement les effets propres du CBD.

  • Il existe très peu d’études cliniques spécifiques au CBD isolé chez la femme enceinte ou allaitante, ce qui empêche d’affirmer sa sécurité.

  • Les autorités sanitaires (OMS, EFSA, FDA, agences nationales) appliquent un principe de précaution : abstinence recommandée de CBD pendant la grossesse et l’allaitement, sauf indication thérapeutique exceptionnelle et encadrée.

  • La qualité inégale de certains produits de CBD, la possibilité d’interactions médicamenteuses et le risque d’auto‑médication inadaptée renforcent la nécessité d’une vigilance accrue.

Dans ce contexte, l’approche la plus prudente, en accord avec le cadre réglementaire français et européen et l’état actuel de la science, reste de déconseiller l’usage du CBD aux femmes enceintes, en désir de grossesse ou allaitantes, et d’orienter ces patientes vers un accompagnement médical global pour la gestion de la douleur, du stress, des troubles du sommeil ou des nausées.

Les prochaines années devraient apporter des données plus solides, à mesure que les grossesses exposées au CBD seront mieux documentées et que des études spécifiques seront conduites. En attendant, l’information transparente, le dialogue entre patients et soignants et le respect du principe de précaution demeurent les meilleurs alliés pour protéger la santé de la mère et de l’enfant.

Tao

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